J’habite sous les étoiles

Pour accompagner l’événement « les nuits des étoiles« , découvrez le roman jeunesse qui rappelle que les nuits sous les étoiles se sont pas toutes aussi belles.

J'habite sous les etoiles milanJ’habite sous les étoiles

C’est l’histoire de Nino et sa maman, qui un jour, faute de travail, se retrouvent sans maison.

Un roman émouvant sans être noir qui évoque une triste situation d’actualité, quand la vie dérape et vous projette dans un monde précaire, sans toit…

Auteur : Agnès de Lestrade
Collection : Milan poche cadets – Tranche de vie
Éditions Milan jeunesse

Format 12 x 18
63 pages
A partir de 8-9  ans
5.90 €

Acheter j’habite sous les étoiles

A paris en vélo

complainte de l'heure de pointe

Pour cette dernière étape du tour de France en vélo avec l’arrivée à Paris, nous vous proposons les paroles de la complainte de l’heure de pointe la chanson de Joe Dassin

Dans Paris à vélo on dépasse les autos
A vélo dans Paris on dépasse les taxis
Dans Paris à vélo on dépasse les autos
A vélo dans Paris on dépasse les taxis

Place des fêtes on roule au pas
Place Clichy on ne roule pas
La Bastille est assiégée
Et la République est en danger

Dans Paris à vélo on dépasse les autos
A vélo dans Paris on dépasse les taxis
Dans Paris à vélo on dépasse les autos
A vélo dans Paris on dépasse les taxis

L’agent voudrait se mettre au vert
L’Opéra rêve de grand air
A Cambronne on a des mots
Et à Austerlitz c’est Waterloo

Dans Paris à vélo on dépasse les autos
A vélo dans Paris on dépasse les taxis
Dans Paris à vélo on dépasse les autos
A vélo dans Paris on dépasse les taxis
Joe Dassin 1972

Le tour de France

le tour de france sur mon beau vélo jauneLe tour de France sur mon beau vélo jaune
Ce livre vous propose de découvrir le monde étonnant et éphémère de la petite reine pendant le tour de France. Au hasard des rencontres avec les anciens, coureurs
ou non, mais toujours aussi passionnés par l’épreuve et enthousiastes à communiquer leur amour de la bicyclette, partagez le quotidien des coureurs et des organisateurs de l’épreuve fétiche.
Auteur Bernard Chambaz
Illustrations: Zaü

Collection : Roman du Monde
Éditions Rue du Monde
110 pages
A partir de 9  ans
10.50 €

 

Roman jeunesse autour du foot

Pour la coupe du monde de football nous vous proposons une sélection de romans jeunesse autour du foot.

Habib diarra milan poche roman jeunesseHABIB DIARRA, CHAMPION DU MONDE

Habib Diarra va tirer ce penalty et offrir la coupe du monde à son équipe. Mais à la dernière seconde, le capitaine de l’équipe de France dévie son tir…

Une fable sportive et philosophique qui réjouira les amateurs de foot épris de justice et de tolérance.

Auteur Bruno Paquelier
Collection : Tranche de vie
Séries: Romans Ado
Milan
poche junior
123 pages
130 x 180 mm
De 7 à 11 ans
5.70 €

Acheter Habib Diarra, Champion du monde

roman jeunesse en pleine lucarne

EN PLEINE LUCARNE

Au-delà de l’histoire de 2 garçons passionnés de foot, l’auteur nous amène à
réfléchir sur des valeurs sociétales (amitié, tolérance) et sportives

Auteur Philippe Delerm
Collection: Folio junior
Séries: Romans Ado
Gallimard Jeunesse

140 pages
130 x 180 mm
De 10 à 13 ans
6.00 €

Poèmes sur l’océan

journee mondiale de l'ocean

Quelques poésies au tour de l’océan en cette journée mondiale de l’océan.

À l’océan

Océan, que vaux-tu dans l’infini du monde ?
Toi, si large à nos yeux enchaînés sur tes bords,
Mais étroit pour notre âme aux rebelles essors,
Qui, du haut des soleils te mesure et te sonde ;

Presque éternel pour nous plus instables que l’onde,
Mais pourtant, comme nous, œuvre et jouet des sorts,
Car tu nous vois mourir, mais des astres sont morts,
Et nulle éternité dans les jours ne se fonde.

Comme une vaste armée où l’héroïsme bout
Marche à l’assaut d’un mur, tu viens heurter la roche,
Mais la roche est solide et reparaît debout.

Va, tu n’es cru géant que du nain qui t’approche :
Ah ! Je t’admirais trop, le ciel me le reproche,
Il me dit : « Rien n’est grand ni puissant que le Tout ! »

Les vaines tendresses (1875)

René-François Sully Prudhomme (1839-1907).

 

Le petit poisson et le pêcheur

Petit poisson deviendra grand,
Pourvu que Dieu lui prête vie.
Mais le lâcher en attendant,
Je tiens pour moi que c’est folie;
Car de le rattraper il n’est pas trop certain.
Un Carpeau qui n’était encore que fretin
Fut pris par un Pêcheur au bord d’une rivière.
Tout fait nombre, dit l’homme en voyant son butin;
Voilà commencement de chère et de festin:
Mettons-le en notre gibecière.
Le pauvre Carpillon lui dit en sa manière:
Que ferez-vous de moi? je ne saurais fournir
Au plus qu’une demi-bouchée;
Laissez-moi Carpe devenir:
Je serai par vous repêchée.
Quelque gros Partisan m’achètera bien cher,
Au lieu qu’il vous en faut chercher
Peut-être encore cent de ma taille
Pour faire un plat. Quel plat? croyez-moi; rien qui vaille.
- Rien qui vaille? Eh bien soit, repartit le Pêcheur;
Poisson, mon bel ami, qui faites le Prêcheur,
Vous irez dans la poêle; et vous avez beau dire,
Dès ce soir on vous fera frire.
Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l’auras:
L’un est sûr, l’autre ne l’est pas.

Jean de La Fontaine  (1621-1695)

L’homme et la mer

Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

Les fleurs du mal (1857)

Charles Baudelaire (1821-1867)

Fête des mères et fête de la nature

Bonne fête mamanCette année la fête des mamans coïncide avec la fête de la nature, alors nous vous proposons des poèmes de fête des mères autour de la nature.

 Maman-printemps

Maman-printemps
Voilà des baisers blancs
Des baisers bleus
Des baisers
De toutes les couleurs
Des baisers-pois-de-senteur
Légers légers légers…
Des baisers pâquerettes
Tout ébouriffés
Et des baisers-soleil
Avec des coeurs GRANDS comme ça
Maman-printemps
Voilà tout un bouquet
De baisers-fleurs

Anne-Marie Chapouton

 Bouquet de fête

Il est si beau qu’on le croirait
Fait de rires et de reflets.
Ce n’est pourtant à la fenêtre
Où il luit si étonnamment.
Qu’un tout petit bouquet champêtre
De fins bleuets et d’origans,
Ce n’est qu’un tout petit bouquet
Fait de rires et de reflets.
Un tout petit bouquet de fête
Où frissonne une odeur champêtre,
Et l’on dirait qu’il va parler
Avec de doux mots de rosée.

Maurice Carême

 Bonne fête maman !!!

Découvrez toutes les sorties nature pour la fête de la nature

Bonjour Monsieur Printemps

Poème sur le printemps

Ce matin, un petit bonhomme
Visage frais comme un bonbon
Portant un bel habit vert pomme
Est arrivé dans le vallon
C’est pour le saluer peut-être
Qu’aussitôt Monsieur le soleil
Avec tous ses rayons vermeils
A mis le nez à la fenêtre
Alors, par les prés et les bois
Tous les petits enfants chantèrent à la fois

Bonjour, bonjour, Monsieur Printemps
À la grand-route des nuages
Avez-vous fait un beau voyage
Et qu’apportez-vous, si content ?
« Je vous apporte le beau temps, mes enfants »
A répondu Monsieur Printemps

Alors, il fit la pirouette
Puis un salut très solennel
De la fontaine encore muette
Il brisa la prison de gel
Voyant ça, dans leur nid de mousse
Les fauvettes et les pinsons
Entonnèrent à l’unisson
Leurs chansonnettes les plus douces
Le vieux clocher tout étonné
Joyeusement s’est mis à recarillonner

Bonjour, bonjour, Monsieur Printemps
Sortez votre boîte à peinture
La terre a besoin de verdure
Et de lilas tout fleurissants
« Vous en aurez dans un instant, mes enfants »
A répondu Monsieur Printemps

Et puis, avec ses mains fluettes,
Il cueillit une branche au bois
De cette magique baguette
Il frappa sur le sol trois fois
Avec les fleurs en ribambelle
Poussèrent tous les papillons
Et dans le ciel, en tourbillons,
Arrivèrent les hirondelles
Alors, tous les petits enfants
Se mirent à genoux et dirent suppliants

Et nous, et nous, Monsieur Printemps
Des petits bambins que nous sommes
Si vous vouliez faire des hommes
Vous en auriez pour un instant
« J’aime mieux vous laisser longtemps des enfants »
A répondu Monsieur Printemps

 

René Paul Groffe- Zimmermann

Les chansons de Bob et Bobette – 1929-1937

La reine des neiges : quatrième histoire

prince et princesse la reine des neigesQuatrième histoire
Prince et princesse

Encore une fois, Gerda dut se reposer, elle s’assit. Alors sur la neige une corneille sautilla auprès d’elle, une grande corneille qui la regardait depuis un bon moment en secouant la tête. Elle fit Kra ! Kra ! Bonjour, bonjour. Elle ne savait dire mieux, mais avait d’excellentes intentions. Elle demanda à la petite fille où elle allait ainsi, toute seule, à travers le monde.
Le mot seule, Gerda le comprit fort bien, elle sentait mieux que quiconque tout ce qu’il pouvait contenir, elle raconta toute sa vie à la corneille et lui demanda si elle n’avait pas vu Kay.
La corneille hochait la tête et semblait réfléchir.

- Mais, peut-être bien, ça se peut…

- Vraiment ! tu le crois ? cria la petite fille.

Elle aurait presque tué la corneille tant elle l’embrassait.

- Doucement, doucement, fit la corneille. Je crois que ce pourrait bien être Kay, mais il t’a sans doute oubliée pour la princesse.

- Est-ce qu’il habite chez une princesse ? demanda Gerda.

- Oui, écoute, mais je m’exprime si mal dans ta langue. Si tu comprenais le parler des corneilles, ce me serait plus facile.

- Non, ça je ne l’ai pas appris, dit Gerda, mais grand-mère le savait, elle savait tout. Si seulement je l’avais appris !

- Ça ne fait rien, je raconterai comme je pourrai, très mal sûrement.

Et elle se mit à raconter. Dans ce royaume où nous sommes, habite une princesse d’une intelligence extraordinaire. L’autre jour qu’elle était assise sur le trône – ce n’est pas si amusant d’après ce qu’on dit-elle se mit à fredonner «Pourquoi ne pas me marier ?»

- Tiens, ça me donne une idée ! s’écria-t-elle. Et elle eut envie de se marier, mais elle voulait un mari capable de répondre avec esprit quand on lui parlait de toutes choses.
- Chaque mot que je dis est la pure vérité, interrompit la corneille. J’ai une fiancée qui est apprivoisée et se promène librement dans le château, c’est elle qui m’a tout raconté.
Sa fiancée était naturellement aussi une corneille, car une corneille mâle cherche toujours une fiancée de son espèce. Tout de suite les journaux parurent avec une bordure de cœurs et l’initiale de la princesse. On y lisait que tout jeune homme de bonne apparence pouvait monter au château et parler à la princesse, et celui qui parlerait de façon que l’on comprenne tout de suite qu’il était bien à sa place dans un château, que celui enfin qui parlerait le mieux, la princesse le prendrait pour époux.

- Oui ! Oui ! Tu peux m’en croire, c’est aussi vrai que me voilà, dit la corneille, les gens accouraient, quelle foule, quelle presse, mais sans succès le premier, ni le second jour. Ils parlaient tous très facilement dans la rue, mais quand ils avaient dépassé les grilles du palais, vu les gardes en uniforme brodé d’argent, les laquais en livrée d’or sur les escaliers et les grands salons illuminés, ils étaient tout déconcertés, ils se tenaient devant le trône où la princesse était assise et ne savaient que dire sinon répéter le dernier mot qu’elle avait prononcé, et ça elle ne se souciait nullement de l’entendre répéter. On aurait dit que tous ces prétendants étaient tombés en léthargie – jusqu’à ce qu’ils se retrouvent dehors, dans la rue, alors ils retrouvaient la parole. Il y avait queue depuis les portes de la ville jusqu’au château, affirma la corneille. Quand ils arrivaient au château, on ne leur offrait même pas un verre d’eau.
Les plus avisés avaient bien apporté des tartines mais ils ne partageaient pas avec leurs voisins, ils pensaient : «S’il a l’air affamé, la princesse ne le prendra pas. »
- Mais Kay, mon petit Kay, quand m’en parleras-tu ? Etait-il parmi tous ces gens-là?

- Patience ! Patience ! Nous y sommes. Le troisième jour arriva un petit personnage sans cheval ni voiture, il monta d’un pas décidé jusqu’au château, ses yeux brillaient comme les tiens, il avait de beaux cheveux longs, mais ses vêtements étaient bien pauvres.

- C’était Kay, jubila Gerda. Enfin je l’ai trouvé. Et elle battit des mains.

- Il avait un petit sac sur le dos, dit la corneille.

- Non, c’était sûrement son traîneau, dit Gerda, il était parti avec.

- Possible, répondit la corneille, je n’y ai pas regardé de si près, mais ma fiancée apprivoisée m’a dit que lorsqu’il entra par le grand portail, qu’il vit les gardes en uniforme brodé d’argent, les laquais des escaliers vêtus d’or, il ne fut pas du tout intimidé, il les salua, disant :
- Comme ce doit être ennuyeux de rester sur l’escalier, j’aime mieux entrer. Les salons étaient brillamment illuminés, les Conseillers particuliers et les Excellences marchaient pieds nus et portaient des plats en or, c’était quelque chose de très imposant. Il avait des souliers qui craquaient très fort, mais il ne se laissa pas impressionner.

- C’est sûrement Kay, dit Gerda, je sais qu’il avait des souliers neufs et je les entendais craquer dans la chambre de grand-maman.

Mais plein d’assurance, il s’avança jusque devant la princesse qui était assise sur une perle grande comme une roue de rouet.

Toutes les dames de la cour avec leurs servantes et les servantes de leurs servantes, et tous les chevaliers avec leurs serviteurs et les serviteurs de leurs serviteurs qui eux-mêmes avaient droit à un petit valet, se tenaient debout tout autour et plus ils étaient près de la porte, plus ils avaient l’air fier. Le valet du domestique du premier serviteur qui se promène toujours en pantoufles, on ose à peine le regarder tellement il a l’air fier debout devant la porte.
- Mais est-ce que Kay a tout de même eu la princesse ?

- Si je n’étais pas corneille, je l’aurais prise. Il était décidé et charmant, il n’était pas venu en prétendant mais seulement pour juger de l’intelligence de la princesse et il la trouva remarquable… et elle le trouva très bien aussi.

- C’était lui, c’était Kay, s’écria Gerda, il était si intelligent, il savait calculer de tête même avec les chiffres décimaux. Oh ! Conduis-moi au château…

- C’est vite dit, répartit la corneille, mais comment ? J’en parlerai à ma fiancée apprivoisée, elle saura nous conseiller car il faut bien que je te dise qu’une petite fille comme toi ne peut pas entrer là régulièrement.

- Si, j’irai, dit Gerda. Quand Kay entendra que je suis là il sortira tout de suite pour venir me chercher.
- Attends-moi là près de l’escalier.

Elle secoua la tête et s’envola. Il faisait nuit lorsque la corneille revint.
- Kra ! Kra ! Fit-elle. Ma fiancée te fait dire mille choses et voici pour toi un petit pain qu’elle a pris à la cuisine. Ils ont assez de pain là-dedans et tu dois avoir faim. Il est impossible que tu entres au château – tu n’as pas de chaussures – les gardes en argent et les laquais en or ne le permettraient pas, mais ne pleure pas, tu vas tout de même y aller. Ma fiancée connaît un petit escalier dérobé qui conduit à la chambre à coucher et elle sait où elle peut en prendre la clé.
Alors la corneille et Gerda s’en allèrent dans le jardin, dans les grandes allées où les feuilles tombaient l’une après l’autre, puis au château où les lumières s’éteignaient l’une après l’autre et la corneille conduisit Gerda jusqu’à une petite porte de derrière qui était entrebâillée.
Oh ! comme le cœur de Gerda battait d’inquiétude et de désir, comme si elle faisait quelque chose de mal, et pourtant elle voulait seulement savoir s’il s’agissait bien de Kay – oui, ce ne pouvait être que lui, elle pensait si intensément à ses yeux intelligents, à ses longs cheveux, elle le voyait vraiment sourire comme lorsqu’ils étaient à la maison sous les roses. Il serait sûrement content de la voir, de savoir quel long chemin elle avait fait pour le trouver.
Les voilà dans l’escalier où brûlait une petite lampe sur un buffet ; au milieu du parquet se tenait la corneille apprivoisée qui tournait la tête de tous les côtés et considérait Gerda, laquelle fit une révérence comme grand-mère le lui avait appris.

- Mon fiancé m’a dit tant de bien de vous, ma petite demoiselle, dit la corneille apprivoisée, du reste votre curriculum vitae, comme on dit, est si touchant. Voulez-vous tenir la lampe, je marcherai devant. Nous irons tout droit, ici nous ne rencontrerons personne.
- Il me semble que quelqu’un marche juste derrière nous, dit Gerda. Quelque chose passa près d’elle en bruissant, sur les murs glissaient des ombres : chevaux aux crinières flottantes et aux jambes fines, jeunes chasseurs, cavaliers et cavalières.

- Rêves que tout cela, dit la corneille. Ils viennent seulement orienter vers la chasse les rêves de nos princes, nous pourrons d’autant mieux les contempler dans leur lit. Mais autre chose : si vous entrez en grâce et prenez de l’importance ici, vous montrerez-vous reconnaissante ?
- Ne parlons pas de ça, dit la corneille de la forêt.

Ils entrèrent dans la première salle tendue de satin rose à grandes fleurs, les rêves les avaient dépassés et couraient si vite que Gerda ne put apercevoir les hauts personnages. Les salles se succédaient l’une plus belle que l’autre, on en était impressionné … et ils arrivèrent à la chambre à coucher. Le plafond ressemblait à un grand palmier aux feuilles de verre précieux, et au milieu du parquet se trouvaient, accrochés à une tige d’or, deux lits qui ressemblaient à des lis, l’un était blanc et la princesse y était couchée, l’autre était rouge et c’est dans celui-là que Gerda devait chercher le petit Kay. Elle écarta quelques pétales rouges et aperçut une nuque brune.

- Oh ! C’est Kay ! cria-t-elle tout haut en élevant la lampe vers lui.

Les rêves à cheval bruissaient dans la chambre. Il s’éveilla, tourna la tête vers elle – et ce n’était pas le petit Kay … Le prince ne lui ressemblait que par la nuque mais il était jeune et beau.
Alors la petite Gerda se mit à pleurer, elle raconta toute son histoire et ce que les corneilles avaient fait pour l’aider.

- Pauvre petite, s’exclamèrent le prince et la princesse. Ils louèrent grandement les corneilles, déclarant qu’ils n’étaient pas du tout fâchés mais qu’elles ne devaient tout de même pas recommencer. Cependant ils voulaient leur donner une récompense.

- Voulez-vous voler librement ? demanda la princesse, ou voulez-vous avoir la charge de corneilles de la cour ayant droit à tous les déchets de la cuisine ?

Les deux corneilles firent la révérence et demandèrent une charge fixe ; elles pensaient à leur vieillesse et qu’il est toujours bon d’avoir quelque chose de sûr pour ses vieux jours.
Le prince se leva de son lit et permit à Gerda d’y dormir. Il ne pouvait vraiment faire plus. Elle joignit ses petites mains et pensa : « Comme il y a des êtres humains et aussi des animaux qui sont bons ! » Là-dessus elle ferma les yeux et s’endormit délicieusement.

 Tous les rêves voltigèrent à nouveau autour d’elle, cette fois ils avaient l’air d’anges du Bon Dieu, ils portaient un petit traîneau sur lequel était assis Kay qui saluait. Mais tout ceci n’était que rêve et disparut dès qu’elle s’éveilla.

Le lendemain on la vêtit de la tête aux pieds de soie et de velours, elle fut invitée à rester au château et à couler des jours heureux mais elle demanda seulement une petite voiture attelée d’un cheval et une paire de petites bottines, elle voulait repartir de par le monde pour retrouver Kay.
On lui donna de petites bottines et un manchon, on l’habilla à ravir et au moment de partir un carrosse d’or pur attendait devant la porte. La corneille de la forêt, mariée maintenant, les accompagna pendant trois lieues, assise à côté de la petite fille car elle ne pouvait supporter de rouler à reculons, la deuxième corneille, debout à la porte, battait des ailes, souffrant d’un grand mal de tête pour avoir trop mangé depuis qu’elle avait obtenu un poste fixe, elle ne pouvait les accompagner. Le carrosse était bourré de craquelins sucrés, de fruits et de pains d’épice.
- Adieu ! Adieu ! Criaient le prince et la princesse.

Gerda pleurait, la corneille pleurait, les premières lieues passèrent ainsi, puis la corneille fit aussi ses adieux et ce fut la plus dure séparation. Elle s’envola dans un arbre et battit de ses ailes noires aussi longtemps que fut en vue la voiture qui rayonnait comme le soleil lui-même.